Chip Taylor
En Concert avec
Carrie Rodriguez et John Platania
Aux Étoiles
61 rue du Château d'Eau Paris 10
Mercredi 2 Octobre 2002De son vrai nom James Wesley Voight, Chip Taylor, frère de l'acteur Jon Voight et donc oncle de l'actrice Angelina Jolie) a vu le jour à New York City en l944 et y grandi jusqu'à la fin de son adolescence, quand il forme un groupe de country' les "Town and Country Brothers". Lorsque les membres se séparent' il se fait golfeur professionnel mais une blessure handicapante l'empêche de poursuivre dans cette voie. Déterminé à réussir malgré tout - et un contrat à honorer chez Warner Bros - il termine l'année l96l sur un succès, avec " Here I Am ".
Au milieu des années 60's, il passe chez CBS comme auteur-compositeur et se distingue immédiatement grâce à d'énormes succès qui font bien marcher le tiroir-caisse des groupes à la mode :
" Wild Thing " (The Troggs' Jimi Hendrix)' " Angel OfThe Morning " (Merrilee Rush, Juice Newton, Chrissie Hynde, PP Arnold, Billie Davies, Skeeter Davies et la nouvelle version' l'an passé' du rappeur Shaggy), " Try " (Janis Joplin), " l Can't Let Go " (The Hollies' Linda Ronstadt, Bachdenkel) et " Country Girl, City Man " (Ike & Tina Tumer).
Il est aussi respecté comme découvreur de talents : de futures grandes vedettes comme James Taylor (& The Flying Machine) et Evie Sands lui doivent leurs débuts. Au cours des anées 70's et 80's, il sortira 6 albums en solo, dans lesquels on notera particulièrement " Last Chance " l973 et " This Side Of The Big River " (l975). Mais Chip Taylor n'est pas un artiste qui monte facilement sur scène pour s'y produire et faire la promo. A la suite de problèmes avec des compagnies de disques et en rébellion contre ce business musical en général, il préfère se retirer de ce petit monde parfois agité et devient... boursicoteur professionnel.
Peu après la mort de sa mère en l993, il renoue avec la musique et, pour la première fois de sa carrière, s'investit dans les tournées, notamment en compagnie de Midge Ure, Darden Smith, Rosie Flores et Don Henry (sic).
Bonnie Raitt reprend avec succès son " Poppa Come Quick " sur le CD " Luck Of The Draw "
Lui- même propose une compilation sélective de son oeuvre la plus marquante, le CD " Hit Man ", suivi de " The Living Room Tapes " en l997, un album autobiographique qui marque ainsi le retour de ce compositeur de talent. En l998, c'est " Seven Days In May " un CD bien côté en Grande-Bretagne. Enfin, son exceptionnel double CD " The London Sessions " et le charmant " Black And Blue America ", sorti en 200l, se placent haut dans les classements américains.
CHIP TAYLOR, l'auteur de " Wild Tbing ", vient à Paris pour la premier foisle 2 octobre et présente son nouvel album " Let's Leave This Town ", un duo avec CARRIE RODRIGUEZ, sa nouvelle découverte, une talentueuse chanteuse-violoniste et la guitariste JOHN PLATANIA (il a accompagné Joni Mitchell, Van Morrison, Don McClean...).
" Les chuchotements de Chip Taylor "
C'est le secret le mieux gardé de la musique country. Quand on parle de Chip Taylor, "country " est d'ailleurs un mot mal choisi. Il s'y sentirait un peu à l'étroit, ce chuchoteur minimaliste de contes et légendes de l'Amérique, grand pourvoyeur d'hymnes urbains - dont le plus célèbre, " Wild Thing ", en a rendu d'autres célèbres (Les Troggs, Jimi Hendrix), pendant qu'il se lassait du culte underground qui l'entourait. Au point que Chip Taylor décide, au début des années 80, après une poignée d'albums obscurs et légendaires, de devenir joueur professionnel. Il en a l'allure.
Voight. De son vrai nom James Wesley Voight, c'est le petit frère de l'acteur Jon Voight (même rudesse photogénique qui aurait pu faire de lui une star hollywoodienne) et l'oncle d'Angelina Jolie. Mais s'il aime tricoter de vrais petits scénarios en guise de chansons, son truc à lui c'est la musique. A 8 ans, à New York, Chip écorche les oreilles de ses deux frères avec son violon country, ce fiddle aigrelet et sautillant, d'autant plus surprenant qu'il est joué par un garçonnet sans aucune attache avec les traditions hillbilly du Sud ou de l'Ouest. "C'est ça qui me branchait, les sons doux et soyeux de la Brown Family des Louvin Brothers ou de Lefty Frizzell." On peut trouver pire. S'il doit se situer absolument, Chip Taylor dit se reconnaître une parenté musicale et humaine avec Townes Van Zandt et John Prine. On ajouterait Guy Clark, il ne protesterait pas.
En avalant son breakfast tardif au Bean Inn de Bryth, coin paumé d'Ecosse où il se produit dans quelques heures, Chip Taylor s'étonne du succès de son dernier disque " Black and Blue America ", seize chansons-vignettes entrecoupées de miniatures radio (Trainwreck ressort cinq autre disques qui s'échelonnent entre 1973 et 1999, dont 1e chef-d'uvre " The Living Room Tapes "). Depuis trois mois, Chip Taylor sillonne l'Europe: Angleterre, Irlande, Ecosse, Pays Bas.
A cette apoque il a dit qu'il ny'avait "as de dates françaises prévues pour le moment.Personne ne me connaît. "
La France joue pourtant un grand rôle dans sa vie. " Seven Days in May " raconte son histoire d'amour avec Florence, plus jeune que lui de quelques dizaines d'années. Quand Chip tombe amoureux de la jeune femme, elle est enceinte et s'apprête à se marier. Sans emphase, il détaille en treize chansons cette semaine qui allait changer sa vie et trouve instantanément la formule de ce blues blanc laconique après laquelle Leonard Cohen court depuis toujours.
Sur la musique insituable de ce cow-boy urbain, " (I Want) The Real Thing ", la chanson qui ouvre " Chip Taylor's Last Chance " (1973), donne quelques clés. C'est l'histoire d'un gamin qui revient en bus d'Atlanta, en 1953, et tombe sur un magazine de rythm'n'blues coincé sous le siège. Il comprend d'un coup que la musique, ce n'est pas seulement les chanteurs aux cheveux en brosse et le rock mou de Pat Boone. Ce que les noirs du Sud achètent par millions, ce sont les chansons égrillardes de Hank Ballard et des Midnighters. "Les blancs et les noirs ne se mélangeaient pas à l'époque. Quand j'ai entendu " Work With Me Annie ", j'ai trouvé que c'était le truc le plus cool que j'aie jamais entendu. Mais c'était trop érotique, trop chaud pour le public blanc.
Je suis devenu un freak qui écrit de la musique du Sud, presque des chansons de Memphis. "
Déçu d'Elvis. La généalogie de " Wild Thing " se fait jour sous l'éclairage noir. Un groupe d'Anglais corsetés comme les Troggs, balançant quelques mots torves et quelques notes saignantes, il n'en fallait pas plus pour dynamiter le monde du rock petit blanc. La magie de Chip Taylor ne s'arrête pourtant pas là. Passionné par Presley, il cesse de l'écouter quand Elvis abandonne la formule guitare-basse. " Quand je l'ai entendu avec une batterie, ça m'a dégoûté. " La légèreté taylorienne, cette manière de chanter sur un nuage, vient peut-être de ce refus du boom,boom qui plombe tant de disques " J'aime l'église, les choses spirituelles ", dira-t-il aussi. Gagnait-il sa vie comme joueur professionnel? "Au black-jack d'abord, puis sur les courses de chevaux. Là, j'étais imbatt-able. "
Le jour est tombé sans qu'on s'en rende compte. Avant de s'enfoncer dans la nuit écossaise, Chip Taylor lance de sa voix paresseuse: " George Strait est numéro un avec The Real Thing, la chanson autobiographique dont je vous parfais. " Il n'en dira pas plus.
Et si c'était le grand retour de Chip Taylor?
Lois Skorecki Libération 1/1/2002